Les Lavieu

 
                    Les Lavieu

Lavieu 1

    

 

 

 

 

Le blason des Lavieu est devenu cellui de la ville de Roche....

 

Lavieu... Lavieu....Mais c'est bien sûr ! Ai-je pensé la première fois que j'entendis parler des premiers propriétaires du château de Roche.
« Seigneur » vient du latin « senorem » qui veut dire « plus vieux » donc Lavieu (tant pis pour l'orthographe et le genre de l'article... le français du Moyen-Âge n'était pas encore soumis à des règles strictes) signifie « pas aussi vieux », donc « petit seigneur »... Et bien non ! Il n'en était rien du tout et l'affaire est beaucoup plus compliquée que l'étymologie ne le laissait supposer.
   Certes, les Lavieu sont les premiers seigneurs connus de Roche-la-Molière. Un certain Gaudemard de Lavieu s'installa au château en 1248 et prit le titre de seigneur de Roche-la-Molière.
Avant cette date le château n'était qu'une place forte dont on ignore la date d'érection. Cet ensemble fortifié, perché sur un bloc de grès houiller, ne comprenait probablement qu'une muraille épousant la forme du rocher et un donjon carré défendu par des meurtrières et des mâchicoulis. L'entrée de ce donjon ne se faisait que par une toute petite porte située au premier étage auquel on accédait par une "échelle de corde.
Ceci excluait la possibilité d'une présence féminine. Le château n'était donc qu'une garnison de soldats commandés par un capitaine dépendant des seigneurs du Jarez. C'est Gaudemard de Lavieu qui va transformer (ou plutôt faire transformer) cette capitainerie en un logis seigneurial.

Mais d'où sortait donc ce Gaudemard de Lavieu? Gaudemard avait sans doute hérité de ce château de son père Artaud qui l'aurait obtenu par un échange de propriété avec les seigneurs du Jarez.
Selon Edouard Perroy, dont le livre Les Familles nobles du Forez au XIIIème Siècle fait référence en la matière, le berceau de la famille Lavieu se situerait dans les Monts du Lyonnais, près de Savigny et non pas à Lavieu, au dessus de Montbrison. Ils auraient été des vassaux du comte de Lyon et de l'abbaye de Savigny.

Une chose est certaine d'après les documents fournis par le Cartulaire de l'abbaye de Savigny un certain Josserand de Lavieu possédait une part du château de Chamousset en l'an 1084.

   Aux alentours de cette même date, Josserand de Lavieu approuve le don du quart de l'église de Longesaigne et de la moitié de celle d'Affloux à l'abbaye de Savigny par son frère Guillaume. Pour se permettre une telle libéralité, les deux frères devaient donc déjà jouir à cette époque d'une certaine prospérité. Les Lavieu de Roche-la-Molière (ainsi que ceux d'Yzeron et ceux de Feugerolles) sont des descendants directs de Josserand ou de Guillaume.
 Malgré leur origine relativement modeste les Lavieu deviendront l'une des familles nobles les plus influentes du Forez. Je n'en veux pour preuve que deux faits marquants.
D'abord en 1135 le comte de Lyon, Guy Ier est contraint à faire pénitence devant l'abbé d'Ainay.
Pour cet acte de contrition il est assisté de trois puissants barons : Hugues Damas – très redouté seigneur de Couzan et par ailleurs vicomte de Chalon-sur-Saône-, Hugues Arriz et Guillaume de Lavieu.

Ensuite, en 1362, alors que l'armée royale commandée par le connétable de Bourbon venait d'être anéantie par les « Tard-Venus » (l'une des Grandes Compagnies de la guerre de cent ans) à la bataille de Brignais, c'est Bérard de Lavieu (un Lavieu d'Yzeron) qui est nommé chef des armées de la ville de Lyon et qui parviendra à repousser les pillards.
Joli palmarès pour une famille de nobliaux !
Faute d'héritier mâle, toutes les branches des Lavieu s'éteindront dès le XVème siècle.

Toutefois, il existe aussi une autre version, version mythique, très certainement légendaire mais version autrement plus plaisante et romantique sur l'origine de cette famille.

Selon le sire Papon, éminent juriste du Forez au XIVème siècle, connu pour la rigueur de son jugement, le berceau de cette famille se situerait dans les Dombes. Les ancêtres des Lavieu ne seraient rien de moins que les vicomtes de Lyon. Au milieu du XIème siècle, ils auraient suivi les comtes de Lyon qui furent obligés de se réfugier à Montbrison après avoir été défaits par les ducs de Bourgogne.
Les vicomtes, forcés d'abandonner leurs terres des Dombes, se seraient installés dans un nid d'aigle à Lavieu à proximité de leur suzerain. Comme il était d'usage au XIème siècle, ils auraient pris le nom de leur fief « Lavieu » tout en gardant leur titre de Vicomte de Lyon.

En l'an de grâce 1095 Josserand de Lavieu (Gauceramus de Laviaco) aurait accompagné Guillaume Ier, comte de Lyon et du Forez dans sa croisade en Terre Sainte. Le comte va trouver la mort en 1097 au siège de Nicée. Josserand serait rentré seul de croisade puis aurait épousé une gente et accorte damoiselle, la plus belle femme du comté de Lyon. Curieusement on ne donne jamais ni le nom ni le prénom de cette merveilleuse épousée.
Tout serait allé pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si le nouveau comte du Forez, Guillaume II, dit Guillaume le jeune, fils de Guillaume Ier n'avait été un affreux suborneur concupiscent. Profitant de l'absence de Josserand, le dit comte de Lyon et du Forez s'introduisit subrepticement dans le nid d'aigle des Lavieu et de « male force » abusa de la pauvre vicomtesse esseulée.
Quel drame abominable ! On en parla longtemps dans les chaumines et ce sont ces « on dit », qui traversèrent les siècles et que Jean Papon aurait recueillis. Drame d'autant plus abominable que, selon certaines versions, la pauvre vicomtesse frappée d'opprobre et de scandale se serait jetée du haut de la plus haute tour de son château et se serait écrasée sur les rochers en dessous du pont-levis. À son retour son mari l'aurait trouvée gisant, ensanglantée, au milieu de ses gens éplorés.

J.M de la Mure dans son histoire du Pays de Forez publiée en 1674 (et à sa suite Auguste Bernard) donne de l'événement une tournure beaucoup moins dramatique. Le vicomte de Lyon, à son retour, trouva sa femme en pleurs. Elle lui narra les méfaits du méchant Guillaume en se jetant à ses genoux.( C'est quand même moins brutal que de se jeter dans le vide du haut de la plus haute tour d'un château!!!) Josserand la releva, la consola en lui disant qu'elle n'avait pris aucune part en son déshonneur.
Néanmoins, le vicomte furieux se rendit sur le champ au château comtal et, mu par une juste colère, poignarda son suzerain qui périt sans même avoir pu se repentir de ses méfaits.
Une fois encore les versions divergent sur la suite des événements. Certains racontent que les gardes du comte, alertés par un cri de douleur, se seraient précipités et à leur tour auraient occis l'assassin de leur maître. D'autres prétendent que Josserand se serait enfui sur son fougueux destrier et aurait rejoint son épouse dans son nid d'aigle.

À la suite de cet assassinat, les Lavieu n'étaient plus en sécurité dans leur château situé à proximité immédiate du domaine comtal. Ils abandonnèrent en toute hâte leur nid d'aigle et se réfugièrent dans le Jarez, autre fief qu'ils possédaient dans le Sud-Est du Forez et où ils se trouvaient de fait sous la protection des archevêques de Lyon. De plus le Jarez, dont le centre est la ville de Saint-Chamond, était à l'époque une place forte redoutable hérissée de châteaux forts qui défendaient l'accès de la
vallée. Auguste Bernard cite, entre autres, les places fortes de Rochetaillée, Châteauneuf d'Argoire, Feugerolles, Cornillon, Grangent, Saint-Priest, Roche-la-Molière... (Tiens donc, selon la légende, la première construction du Château de Roche serait donc antérieure à 1107.)
Encore une fois les Lavieu vont changer de nom et adopter celui de Jarez nom du fief dans lequel ils ont élu domicile mais dès lors ils n'ont plus le droit au titre de vicomte de Lyon. Josserand de Lavieu aurait donc été le dernier de la lignée à porter ce titre.

Selon Latour-Varan dans ses Études historiques sur le Forez « À la génération suivante les vicomtes de Lyon ne sont plus connus que sous le nom de Jarez. Celui de Lavieu se conserva dans les branches collatérales.... qui portaient encore le nom de Lavieu particulièrement celle de Roche-la-Molière. »

Nous voici revenus aux Lavieu de Roche-la-Molière. Qu'ils fussent ou non les descendants des vicomtes de Lyon ne nous importe guère mais derrière la légende se trouve toujours une part de vérité historique.
D'après Pierre Ganivet qui étudia la transmission du pouvoir dans le Forez, « de 1097 (date de la mort du comte Guillaume Ier du Forez) à 1115 les sources lacunaires ne permettent pas de dégager une chronologie des règnes de Guillaume le jeune (celui qui aurait abusé de la vicomtesse), d'Eustache (son frère cadet) et de Guy de Guînes (probablement beau frère des précédents) ».
C'est finalement un quatrième larron, Guy d'Albon, un cadet de la grande famille du dauphiné, qui s'empara du pouvoir et reprit le titre de comte de Lyon et du Forez. C'est lui qui apporta le dauphin sur le blason du Forez. Il est à l'origine de la seconde lignée des comtes, lignée qui s'éteignit à la fin du XIVème siècle au profit de la maison de Bourbon.
Pendant cette période troublée, la lutte pour le pouvoir dut être féroce entre les prétendants et il n'est pas interdit de penser que le vicomte de Lyon, Lavieu ou non, y participa activement espérant devenir comte à la place du comte. Débouté, il dut s'enfuir (ou être exécuté). La belle et triste histoire du viol de la vicomtesse ne serait donc qu'une réminiscence et un embellissement d'une impitoyable lutte pour le pouvoir.


           Script : Georges BENOÎT

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