Les chevaux dans la mine



Dès le XVI ème siècle, les chevaux étaient utilisés au jour sur « le carreau » de la mine.
Ils étaient attelés à un manège pour le pompage de l’eau( l’exhaure) et un peu plus tard pour la remontée du charbon avec des tonneaux. Les chevaux étaient condamnés à tourner en rond, toute leur vie autour d’un axe central …
A la fin du XVIII ème siècle, les frères Labarre  de Roche se servaient de chevaux pour remonter les sacs  de charbon à la surface d’une fendue.
Vers le milieu du XIX ème siècle, les chevaux descendent dans les mines et remplacent les « hercheurs », mineurs qui poussaient les berlines chargées  de charbon.
Ce serait en 1821 que le premier cheval fut introduit dans un puits de mine à Rive de Gier, puis les suivants en 1824 à St Etienne et Firminy !
En 1920, leur nombre en France est  estimé à 10.000.
Ils sont donc affectés à la traction des trains pour évacuer le charbon du lieu d’abattage vers le puits qui mène au jour…
Ces chevaux étaient des chevaux de race de trait breton .Ils étaient petits, trapus, robustes et résistants. Avant de les envoyer au fond, on leur faisait suivre un apprentissage : apprendre à marcher entre les rails, monter et descendre des plans inclinés et tirer des charges lourdes… Ils étaient descendus au fond à l’âge de 5 ans, une fois castrés (hongres).
Cette descente délicate s’effectuait en suspendant l’animal, sous la cage par des sangles et courroies, en position assis sur sa croupe et jambes repliées…Le cheval, paralysé de peur ne faisait en général aucun mouvement et reprenait peu à peu ses sens, une fois arrivé dans la galerie.
Le cheval connaissait bien son conducteur, appelé ici le« toucheur » qui était souvent  un enfant ou un adolescent nouvellement embauché.
Un cheval de 500 kg pouvait tirer aisément  8 tonnes de chargement…Il eut arrivé que certains chevaux étaient capables de tirer 21 berlines de 800 kg soit le poids de 16,8 tonnes !
Dans les mines, il y avait des écuries et les chevaux étaient  en général bien soignés contrairement à ce qu’il a été écrit par Louis Simonin (La vie souterraine en 1867), puis repris par Emile Zola dans Germinal.
Un palefrenier ou panseur s’occupait de leur entretien dans des d’écuries souterraines ...
Leur nourriture était d’excellente qualité : 5 kg d’avoine enrichi en mélasse, 1 kg de son , des betteraves et  du foin à volonté  !
Comme le mineur, le cheval avait son propre harnachement :collier, barrette de protection du front, œillères…et avait un matricule et un nom dont la 1ère lettre donnait son année de naissance.
Au puits Dolomieu, il y avait Jupiter, Mandrin, la Fierté….
Cet animal faisait preuve d’une grande intelligence :il savait reconnaitre son parcours, évitait les points dangereux, s’arrêtait devant les portes d’aérage à une certaine distance pour que le conducteur puisse l’ouvrir, évitait les rencontres avec les trains…et parfois aidait le conducteur avec leurs genoux et leur poitrail !
Contrairement à ce qui est écrit,  et d’après  le témoignage de mon confrère le Dr Salvatori, vétérinaire, les chevaux de mine n’étaient pas aveugle! Ils savaient bien se déplacer dans l’obscurité, ce qui faisait croire à leur cécité…
Un certain nombre de légendes courent sur les chevaux de mine : certains chevaux parvenaient à compter le nombre de chariots qu’on leur faisait tirer…et auraient refusé d’avancer si le nombre de chariots auraient été plus important que celui qu’ils avaient l’habitude de tirer
D’après certaines statistiques 3O % de chevaux mourraient  au fond des mines, soit d’accident ou de maladie. Les plus chanceux vivaient jusqu’à 25 ans avant d’être remonté alors pour être vendu pour la boucherie….
En 1879, à la veille de Noël au fond du puits Dolomieu, un incendie se déclarait dans une écurie :en plus des 13 mineurs et 6 sauveteurs morts, il y eut 18 chevaux qui ont succombé…
A cause de l’humidité et la chaleur, certains contractaient des pneumopathies (emphysème, gourme...), d’autres « le javart » ou pourriture des sabots, et d’autres la myoglobinurie, maladie des muscles surmenés …, sans parler des « les clous de rue  » c’est-à-dire les blessures au sabot provoquées par un objet métallique.

Avec l’avènement des cages,  et à partir de 1936, les chevaux  pouvaient être remontés plus facilement pour se refaire une santé au jour…, en ayant droit à 2 semaines de pâture, en même temps que les mineurs recevaient leurs premiers congés payés !

Le cheval-vapeur va remplacer progressivement « le cheval-crottin » et le dernier cheval  de mine serait remonté en 1969 pour finir sa vie dans une ferme du Nord.

Bibliographie :
-                         - Les chevaux de Mine retrouvés de Sylvain Post. (édition de Borée)
                          - Le Mineur de la Loire n° 69: octobre 1968.
                          - Forez info portail régional. (www.forez-info.com)

Script : Dr Serge Arnaud, vétérinaire, membre du bureau d'Amiproche, rédacteur du site.

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