L'usine des produits chimiques (1923-1969)

      La société des produits chimiques a été fondée grâce à la collaboration de la Compagnie des mines de Roche -    Firminy  et la Société Peychiney. L'usine a été construite dans les années 1923-1924 pour produire de l'ammoniaque à partir d'azote et d'hydrogène selon le procédé Haber, chimiste allemand. Ce procédé avait été cédé à la France au titre des dommages de guerre lors du traité de Versailles en 1919.

     L' hydrogène était  extrait du gaz d'éclairage fourni par la cokerie qui se trouvait sur le site du puits Dolomieu. La production d'ammoniaque était environ de 10 tonnes par an. Le produit était soit commercialisé directement, soit transformé en sulfate d'ammoniaque utilisé comme engrais.

    La crise économique mais aussi les difficultés d'exploitation amenèrent l'arrêt de la production dans les années 1936-37. L'usine ne vendait plus que de l'oxygène à la société Air Liquide.

Après la 2ème guerre mondiale, l'usine de Carling en Moselle dut se redéployer à Roche où on se mit à produire de l'ammoniaque, de l'acide nitrique et du nitrate d'ammoniaque.

Pendant la guerre, le gaz de cokerie fut commercialisé comme carburant sous la marque Clemol. Des dizaines de véhicules passaient chaque jour à la pompe de l'usine.

A la sortie de la guerre, les besoins en produits chimiques sont importants. En 1946, l'effectif est de 80 personnes. Elle produit du nitrate d'ammonium utilisé comme engrais. En 1961, le gaz naturel de Lacq remplace avantageusement le gaz de la cokerie et supprime la dépendance vis à vis des Houillères.

La production d'ammoniaque est arrêtée le 31 décembre 1968. Le groupe "nitrique" fonctionnera jusqu'au 20 septembre 1969. L'usine sera démolie pour faire place à un lotissement...

La Société Air Liquide                                                                                                                   

        Près de l'usine des Produits chimiques se trouvaient les locaux de la société L'Air Liquide qui valorisait l'oxygène et fabriquait de l'acétylène par réaction d'eau sur le carbonate de calcium. le résidu était de la chaux éteinte, déchet de couleur blanche stocké à côté de l'usine et utilisé par les agriculteurs locaux pour amender leurs champs et désinfecter les écuries. L'oxygène et l'acétylène étaient conditionnés en grandes bouteilles métalliques utilisées pour la soudure au chalumeau.

      Les bâtiments existent toujours en bordure de la rue V.Hugo à la sortie de la ville.

      Article de Henri Nochez ( Source: interview de Louis Guichard )

     Photo de l'usine vers 1930.  

 

Témoignage de M. Maxime Hernandez :

..."Mon père travaillait aux produits chimiques où il était ingénieur chimiste responsable du groupe nitrique...

A la fin de la guerre si mes souvenirs sont exacts, l'usine fabriquait du Klémol de l'oxygène et de l'hydrogène.

La fabrication d'ammoniaque, d'acide nitrique, de sulfate d'ammoniaque et de nitrate d'ammoniaque avait été stoppée à la suite d'une grosse avarie d'un compresseur qui avait rendu la fabrication de l'ammoniaque impossible.

Londres avait demandé à la résistance de saboter l'usine car toute sa production partait en Allemagne pour fabriquer des explosifs. Mon Père qui par sa connaissance des explosifs était aux premières loges de cette opération m'a toujours dit que cette panne avait été la providence car il fallait mettre à l'abri toute un grand nombre de familles afin d'éviter des mesures punitives des Allemands. Personne ne s'est hâté pour remettre le dit compresseur en état.

A la libération la production d'ammoniaque a été remise en route, puis développée en rallongeant les tubes de synthèse. L'atelier d'acide nitrique concentré avait été remis en route. Vers 1950, un nouvel atelier d'acide nitrique dilué et un atelier d'ammonitrate ont vu le jour.... La mise au point de l'atelier d'acide nitrique dilué coûta hélas 2 morts. Il est exact que la construction d'une tour de cracking de méthane a permis à l'usine de s'affranchir du poids que faisait peser sur elle la coquerie de la mine.

La rentabilité de l'usine était limite mais le coup de grâce lui fut donné par la fermeture de la mine et des voies ferrées de la mine...toute la production de l'usine était évacuée en camion. Des camions de 21 à 23 tonnes chargés d'ammoniaque ou d'acide nitrique traversaient Roche la Molière par la rue Gambetta et arrivaient place Dorian...de la folie. Aucune solution ne se profilant à l'horizon et deux ingénieurs partant à la retraite ou en longue maladie, l'usine a fermé"....

 M. Maxime Hernandez a vécu à Roche jusqu'en 1955 et habite actuellement en Corse

Script : Serge Arnaud


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